Dans nos échanges, souvent les mêmes questions ou dilemmes. Dynamiser les
commerciaux, les rendre plus efficaces, donner un sens plus fort à leur
activité, tout cela est à la fois enjeu et frustration manifestement, les
commissions et challenges ne suffisant plus. Et pour bien confirmer que nous
agissons dans un monde hyper compétitif, le vocabulaire employé est de plus
en plus emprunté aux grandes compétitions sportives.
Ce n'est donc pas par hasard que Guy Roux, Daniel Herrero ou Aimé Jacquet
sont ainsi régulièrement mis à contribution, pour des « kick off » et des
conventions (de luxe, mais nombreux sont les athlètes même de second rang à
se produire pour le business). Pour galvaniser des troupes de commerciaux
parfois désorientés, ils détaillent (un peu) ces techniques qui leur ont
permis de transformer des sportifs de haut niveau en champions d'exception.
C'est à qui fera encore plus appel au dépassement de soi, à l'esprit
d'équipe, à la volonté de vaincre, ou à la nécessité d'un entraînement
intensif. En faisant rêver les patrons, qui espèrent, grâce à des messages
pas toujours subliminaux, regonfler le moral et stimuler leurs « teams » par
autre chose que des primes, de toutes façons improbables dernièrement.
Mais qu'est ce qui me tarabuste tant et me laisse perplexe, dans cette
utilisation fréquente du modèle sportif ? Après tout, ces principes
universels ne renferment que des enseignements positifs, et je devrais m'en
réjouir. Peut être suis-je simplement gêné par la notion d'exploit, en ce
qu'elle évoque, au moins dans mon esprit, de ponctuel, d'exceptionnel, donc
d'éphémère. Le sportif se concentre sur la victoire, l'échec faisant
évidemment partie de son quotidien. Car il aura l'opportunité de se
rattraper dans 1, 3 ou 6 mois. Et redevenir un champion.
Le sport de compétition connaît des hauts et des bas, et la régularité est
peu fréquente. Sebastien Loeb ou raphael nadal n'en sont que de célèbres
exceptions. C'est sur ce point que la mise à contribution des valeurs
sportives me fait réfléchir. Car en tant que chefs d'entreprises, nous
devons assurer un niveau d'affaires stable, à long terme aussi. Notre
responsabilité : garantir à nos clients des prestations récurrentes et
satisfaisantes, et à nos collaborateurs des salaires réguliers, donc tout ou
partie de leurs annuités (42!) ; c'est rarement le but du sport de
compétition. Le « vieux » de 35 ans au tennis ou au football, commence
seulement à donner la pleine mesure de ses possibilités dans une entreprise.
Donc d'accord pour l'exemple sportif quand il s'agit de s'entraîner,
renforcer l'émulation, vaincre un compétiteur ; mais surtout OK pour
renforcer les valeurs spécifiques de l'entreprise, comme l'ambition de ses
objectifs (vers quoi nous avançons jour après jour), la passion de son
métier et de ses clients (ce qui peut nous rendre d'ailleurs passionnants
!), et aussi la formation ou les outils de valorisation pour ses équipes
-nous reviendrons prochainement sur les autres clés de la réussite. C'est
probablement plus terre à terre, moins enthousiasmant en apparence, mais on
peut s'employer à faire progresser sa boite sans attendre les JO de 2012...
Pour faire bonne mesure, je reconnais une vraie valeur commune entre sport
et business : la persévérance nécessaire pour réussir, dans tous les cas.
En nous souvenant malgré tout que « les affaires ne sont fatigantes que
quand on n'en fait pas » !
* légère provocation dans la période Roland Garros, Wimbledon, Tour de
France, ....
Franck Fiszel
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